par Sabah Alaoui Taleb · Yogathérapie, Ayurveda et système nerveux.
Naturel ne veut pas dire sans risque. Et comprendre la différence, ça change tout.
Tu as peut-être vu passer des recommandations sur les réseaux : ashwagandha pour le stress, sauge pour les bouffées de chaleur, maca pour retrouver de l’énergie… Ces plantes reviennent partout en ce moment, souvent présentées comme des solutions miracles pour la préménopause.
Et je ne dis pas qu’elles ne fonctionnent pas. Pour certaines femmes, dans certains contextes, elles peuvent être de vraies alliées.
Mais il y a quelque chose qu’on oublie souvent de mentionner : ces plantes ont des effets réels sur le corps, sur les hormones, sur le système nerveux. Et justement parce qu’elles sont actives, elles ne conviennent pas à toutes les femmes de la même façon.
Dans cet article, je t’explique ce que j’observe dans ma pratique, et ce qu’il me semble important que tu saches avant de te lancer.
Pourquoi la préménopause rend le sujet plus complexe
Pendant cette période, le terrain hormonal est en pleine transition. La progestérone commence à baisser souvent bien avant l’œstrogène. Les fluctuations peuvent être importantes d’une semaine à l’autre, parfois même d’un jour à l’autre.
C’est justement parce que ce terrain est mouvant qu’il faut être attentive à ce qu’on y ajoute. Une plante qui agit sur les hormones va s’inscrire dans un équilibre déjà fragile. Parfois c’est exactement ce dont le corps a besoin. Parfois ça amplifie des symptômes existants.
En Ayurveda, on parle de terrain : chaque femme a une constitution unique, une façon propre de traverser cette transition. Ce qui aide l’une peut déséquilibrer l’autre. C’est pour ça que je suis prudente avec les recommandations générales.
Les 6 plantes dont on parle le plus et ce qu’il faut savoir
Voici un tour d’horizon honnête, sans diaboliser ni idéaliser.
🌿 Sauge officinale (Salvia officinalis)
C’est probablement la plante la plus connue pour les bouffées de chaleur. Elle est utilisée depuis longtemps dans les traditions européennes pour accompagner la ménopause, et plusieurs études suggèrent qu’elle peut effectivement réduire la fréquence et l’intensité des bouffées. Elle est aussi sudorifique, ce qui en fait une alliée intéressante pour les sueurs nocturnes.
À savoir : la sauge contient des composés œstrogen-like. Elle est déconseillée en cas de cancer hormono-dépendant, d’antécédents personnels ou familiaux, ou si tu prends un traitement hormonal. Elle est aussi à éviter en cas d’épilepsie. En usage alimentaire (cuisine), les quantités sont sans danger : c’est l’usage en complément concentré qui demande vigilance.
🍂 Ashwagandha (Withania somnifera)
Plante adaptogène de l’Ayurveda, elle est très populaire en ce moment pour la gestion du stress, la fatigue profonde, et le soutien du système nerveux. Elle agit sur l’axe HPA (hypothalamo-hypophyso-surrénalien), ce qui en fait une alliée intéressante quand le stress chronique est au cœur des symptômes. En préménopause, où le système nerveux est souvent en surtension, ça peut avoir du sens.
À savoir : c’est une plante stimulante de la thyroïde. Si tu as un terrain thyroïdien (hypothyroïdie, hyperthyroïdie, ou une thyroïdite de Hashimoto), elle peut aggraver les déséquilibres. Elle est aussi déconseillée en cas de maladie auto-immune active ou de traitement immunosuppresseur. Commence toujours doucement et observe les réactions de ton corps.
🌸 Gattilier (Vitex agnus-castus)
Le gattilier agit sur l’axe hypophysaire et peut soutenir la production de progestérone. C’est une plante intéressante en début de préménopause, quand c’est justement la progestérone qui commence à manquer. Il peut aider à réguler le cycle, réduire les symptômes prémenstruels et soutenir l’équilibre hormonal général.
À savoir : il est contre-indiqué avec les traitements hormonaux (pilule, THS), les médicaments dopaminergiques, et en cas de tumeur hormono-sensible. Son action sur les hormones est réelle : c’est pour ça qu’il doit être choisi et dosé avec soin. Ce n’est pas une plante à prendre parce qu’une amie l’a recommandée.
✨ Shatavari (Asparagus racemosus)
Plante phare de l’Ayurveda pour la sphère féminine, le Shatavari est considéré comme nourrissant, doux et tonifiant pour les tissus reproducteurs. Il est souvent utilisé pour soutenir la vitalité féminine, l’hydratation des muqueuses (utile pour la sécheresse vaginale) et l’équilibre émotionnel. Dans ma pratique, c’est une des plantes que j’apprécie pour son action douce.
À savoir : il contient des phytoestrogènes. En préménopause sans contraception, si une grossesse est encore possible, son utilisation doit être discutée avec un professionnel. Il est aussi à utiliser avec prudence en cas de terrain hormono-sensible ou de fibromes utérins.
🌱 Maca (Lepidium meyenii)
Racine andine, la maca est très tendance pour l’énergie, la libido et la vitalité. Elle n’agit pas directement comme un phytoestrogène mais semble moduler la réponse hormonale via l’hypothalamus. Certaines femmes rapportent une nette amélioration de leur énergie et de leur humeur. Elle est aussi intéressante pour la densité osseuse.
À savoir : justement parce qu’elle est stimulante du point de vue hormonal, elle n’est pas adaptée à tous les terrains. En cas d’antécédents de cancers hormonaux, de fibromes ou d’endométriose, la prudence s’impose. Elle peut aussi réveiller une énergie un peu trop intense chez des femmes dont le système nerveux est déjà en surtension : paradoxalement, elle peut aggraver l’insomnie.
☀️ Millepertuis (Hypericum perforatum)
Le millepertuis est bien documenté pour son action sur l’humeur légère à modérée. En préménopause, où les variations d’humeur, la mélancolie ou la fatigue émotionnelle sont fréquentes, il peut sembler une solution naturelle évidente. Et il peut effectivement aider.
À savoir : c’est la plante de cette liste qui demande le plus de vigilance. Le millepertuis est un inducteur enzymatique puissant : il accélère le métabolisme de nombreux médicaments et peut les rendre moins efficaces ou modifier leur dosage actif. Cela concerne notamment la pilule contraceptive, les anticoagulants, les antidépresseurs, les traitements contre l’épilepsie, et bien d’autres. Si tu prends le moindre médicament régulier, parles-en absolument à ton médecin avant d’utiliser le millepertuis.
Ce que j’observe dans ma pratique
Ce qui me frappe souvent, c’est que les femmes arrivent avec une liste de plantes qu’elles ont déjà commencé à prendre, souvent sur les conseils des réseaux sociaux ou d’une amie. Sans que personne n’ait regardé leur terrain, leur constitution, leurs antécédents.
La préménopause est une période de transformation profonde. Ce que le corps traverse est réel, et il mérite une attention vraiment personnalisée. Une plante choisie en conscience, adaptée à ton terrain, peut être d’une aide précieuse. La même plante prise sans discernement peut compliquer les choses.
Ce n’est pas la plante qui est en cause. C’est l’adéquation entre la plante et le terrain de la femme qui la prend.
En yogathérapie et en Ayurveda, on ne traite pas des symptômes isolés. On regarde l’ensemble : constitution, digestif, système nerveux, rythme de vie, histoire hormonale. C’est à partir de là qu’on choisit les outils, les plantes, les pratiques, l’alimentation.
Avant de commencer une plante, pose-toi ces questions
- Est-ce que je prends un médicament régulier, même un contraceptif ?
- Est-ce que j’ai des antécédents de cancer hormono-dépendant dans ma famille proche ?
- Est-ce que j’ai un terrain thyroïdien ou auto-immun ?
- Est-ce que j’ai des fibromes, de l’endométriose, ou des polypes ?
- Est-ce que je comprends le mécanisme d’action de cette plante sur mon corps ?
Si tu as répondu oui à l’une de ces questions, ou si tu n’es simplement pas sûre, c’est le signe qu’il vaut mieux consulter avant de commencer. Ton médecin, un herboriste formé, ou un praticien en médecine intégrative peuvent t’aider à faire un choix éclairé.
En résumé
Les plantes ne sont pas dangereuses par nature. Elles sont actives. Et c’est justement pour ça qu’elles méritent la même attention qu’un médicament : comprendre ce qu’elles font, vérifier qu’elles sont adaptées à ton profil, observer comment ton corps répond.
La préménopause est une invitation à mieux te connaître. Les plantes peuvent en faire partie, à condition qu’elles soient choisies pour toi, pas pour une version générique de ‘la femme en préménopause’.
Prends soin de toi avec autant de douceur que d’attention. Ton terrain le mérite. 🌿
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